Taux de mortalité infantile en France : que révèle l’étude INSEE publiée en avril 2025 ?
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"Un enfant sur 250 meurt avant l’âge d’un an en France"
En avril 2025, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a publié une étude intitulée « Un enfant sur 250 meurt avant l’âge d’un an en France ». Cette étude publiée dans la collection INSEE Première (n° 2048) dresse un état des lieux préoccupant de la mortalité infantile en France et de son évolution depuis plusieurs décennies. Elle met en lumière une hausse de la mortalité néonatale, des inégalités sociales et géographiques profondes, et interroge directement la politique de santé publique française à l’échelle nationale comme européenne.
Une hausse de la mortalité infantile en France depuis 2011
Les données INSEE les plus récentes indiquent qu’en 2024, le taux de mortalité infantile en France s’établit à 4,1 décès pour 1 000 enfants nés vivants, soit 2 700 décès survenant avant le premier anniversaire. Ce chiffre traduit une hausse de la mortalité continue depuis 2011, année où le taux était de 3,5 ‰. Cela signifie concrètement qu’un enfant sur 250 décède avant d’atteindre sa première année de vie.
L’évolution du taux de mortalité infantile révèle que cette augmentation est entièrement imputable aux décès survenant entre 1 et 27 jours de vie — la période néonatale précoce — dont le taux est passé de 1,5 ‰ à 2,0 ‰. La mortalité le jour de la naissance ainsi que la mortalité post-néonatale (de 28 jours à moins d’un an) sont, elles, restées stables. Un quart des décès ont lieu le jour de la naissance, la moitié entre 1 et 27 jours de vie, et un quart dans la période post-néonatale.
Pour expliquer la hausse observée depuis 2011, les travaux de l’INSEE soulignent notamment les progrès de la médecine périnatale, qui permettent aujourd’hui à des nouveau-nés qui seraient autrefois mort-nés de survivre quelques heures ou jours, augmentant mécaniquement le nombre de décès comptabilisés dans la période néonatale. Le taux de mortinatalité spontanée a d’ailleurs légèrement baissé de 2012 à 2023 (–0,2 point pour 1 000), confirmant cette tendance.
La source INSEE rappelle utilement le contexte historique : de 1993 à 1995, une baisse de –25 % du taux de mortalité infantile avait été obtenue en deux ans, grâce à des campagnes de prévention ciblant la mort subite du nourrisson — couchage sur le dos, suppression des objets mous dans le lit. Ces travaux de santé publique France avaient alors permis une réduction de –41 % de la mortalité post-néonatale en deux ans.
Comparaison avec l'Europe : la France au-dessus de la moyenne de l'Union européenne
Depuis 2015, le taux de mortalité infantile en France est supérieur à la moyenne de l’Union européenne. En 2023, cette moyenne s’établissait à 3,3 ‰ dans les pays de l’Union européenne, contre 4,0 ‰ en France. Contrairement à notre pays, les nations voisines continuent de faire baisser leurs indicateurs de mortalité, même à un rythme faible.
Ces comparaisons avec l’Europe appellent cependant à la prudence : les pratiques de déclaration à l’état civil varient d’un pays européen à l’autre, notamment concernant les enfants mort-nés ou nés vivants puis décédés peu après la naissance. L’organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs d’interpréter les statistiques internationales en tenant compte de ces différences de définition et de système de santé.
Ce rapport entre le nombre de décès et le nombre total de naissances vivantes place la France dans une situation actuelle préoccupante au sein de l’espace européen, et justifie un renforcement des politiques de santé publique dédiées à la petite enfance et à la périnatalité.
Les facteurs de risque identifiés par les données INSEE
L’étude s’appuie sur l’Échantillon démographique permanent (EDP), source INSEE qui permet de croiser les statistiques d’état civil avec les caractéristiques sociodémographiques des familles sur la période 2004-2022. Plusieurs indicateurs clés ressortent de cette analyse démographique.
Garçon ou fille : une inégalité biologique dès la naissance
Les garçons présentent un risque de mortalité avant un an 1,2 fois supérieur à celui des filles : 4,1 ‰ contre 3,4 ‰ en moyenne. Cette surmortalité masculine est plus marquée entre 1 et 27 jours de vie (+31 % par rapport aux filles), période durant laquelle les complications à la naissance, les infections et les maladies génétiques liées au chromosome X jouent un rôle significatif. Le système immunitaire moins robuste des nouveau-nés de sexe masculin est également cité comme facteur explicatif.
L'accouchement multiple : un facteur de risque majeur
Le nombre d’enfants décédés est cinq fois plus élevé pour les bébés issus d’un accouchement multiple que pour ceux d’un accouchement simple : 16,7 ‰ contre 3,3 ‰. La prématurité constitue le facteur de risque central : elle concerne 51 % des enfants issus d’une grossesse multiple, contre seulement 5 % des autres naissances. C’est d’ailleurs cette caractéristique qui explique la hausse la plus marquée entre 2010-2014 et 2015-2022 : le taux de mortalité pour les enfants nés d’un accouchement multiple est passé de 16,4 ‰ à 18,7 ‰, soit +2,3 points.
L'âge de la mère : un indicateur déterminant
L’âge de la mère constitue l’un des indicateurs les plus discriminants dans cette analyse. Le taux de mortalité infantile est inférieur à 4 ‰ pour les mères âgées de 26 à 37 ans, et inférieur à 5 ‰ pour celles âgées de 22 à 43 ans. En revanche, il est élevé pour les mères très jeunes (21 ans ou moins) ou très âgées (44 ans ou plus). Le maximum est atteint à 16 ans avec un taux de 11,7 ‰, et à 47 ans avec 11,3 ‰ — soit trois fois la moyenne française.
Chez les mères très jeunes, un suivi prénatal insuffisant et un moindre accès aux soins expliquent en grande partie ce risque. Pour les mères plus âgées, les pathologies préexistantes, les grossesses multiples et les anomalies congénitales sont des causes fréquentes. Pour les pères, un effet similaire est observé mais, à âge de la mère donné, l’âge du père n’a pas d’impact significatif.
Les inégalités sociales : une réalité statistique documentée
Les données INSEE confirment une forte corrélation entre la catégorie sociale de la mère et le risque de mortalité infantile. Le taux varie de 2,2 ‰ pour les enfants de mères cadres à 3,5-3,6 ‰ pour ceux de femmes ouvrières ou employées, et atteint 5,1 ‰ pour les enfants de mères inactives. Ces inégalités sociales s’expliquent par plusieurs facteurs cumulatifs : un état de santé maternel globalement moins bon, des soins préventifs moins fréquemment sollicités, des conditions de travail plus exposées, et une consommation de tabac significativement plus élevée pendant la grossesse (10 % des ouvrières contre 0,5 % des cadres déclarent avoir fumé 10 cigarettes par jour ou plus au troisième trimestre).
Disparités géographiques : la France métropolitaine et les DOM
France hors Mayotte et Outre-Mer : un écart de 1 à 2
Le taux de mortalité infantile dans les DOM est deux fois supérieur à celui de la France métropolitaine : 8,0 ‰ contre 3,5 ‰. Par département, la Guyane présente le taux le plus élevé (9,7 ‰), suivie de Mayotte (9,2 ‰), de la Martinique (8,0 ‰), de la Guadeloupe (7,8 ‰) et de La Réunion (6,9 ‰). En France entière, tous les départements métropolitains affichent un taux inférieur ou égal à 5 ‰.
Même à caractéristiques sociodémographiques égales, la surmortalité infantile dans les DOM demeure. Plusieurs facteurs l’expliquent : une pauvreté plus répandue qui impacte la qualité des soins de santé accessibles, un taux d’obésité maternelle avant la grossesse nettement supérieur (22-25 % contre 14 % en métropole), une proportion plus élevée de nouveau-nés avec un petit poids de naissance, et des pratiques de couchage moins conformes aux recommandations médicales (un enfant sur trois dort dans le lit parental à deux mois dans les DOM, contre un sur dix en France métropolitaine).
Le lieu de naissance de la mère : inégalités d'accès aux soins
L’origine géographique de la mère constitue une autre variable clé. Le taux de mortalité infantile est de 3,4 ‰ pour les mères nées en France ou dans un autre pays d’Europe, mais il s’élève à 4,6 ‰ pour celles nées au Maghreb et à 7,5 ‰ pour les femmes nées dans un autre pays d’Afrique, soit deux fois la moyenne nationale. Ces écarts persistent même à caractéristiques égales, révélant des difficultés structurelles d’accès aux soins prénatals.
Les femmes nées en Afrique subsaharienne présentent notamment un taux de « suivi inadéquat » de la grossesse atteignant 35 %, contre 17 % pour celles nées en France. Ce déficit d’accès aux soins — lié à des barrières linguistiques, économiques, administratives ou culturelles — constitue une cause de décès évitable, et appelle à une politique de santé publique spécifiquement orientée vers ces populations.
Mortalité maternelle, taux de natalité, baisse de la fécondité : une société sous pression
Ces travaux démographiques s’inscrivent dans un contexte sanitaire plus large. La France fait face simultanément à une hausse de la mortalité infantile, à une mortalité maternelle dont les indicateurs doivent être surveillés, et à une baisse de la fécondité qui modifie la structure de la population. La pandémie de COVID a également eu un impact sur la mortalité périnatale, les soins de santé disponibles et l’organisation du système de santé en maternité.
La situation actuelle interroge la qualité et l’équité du système de santé français, son rang au sein de l’espace européen, et la capacité des politiques publiques à réduire les inégalités sociales et territoriales d’enfance. Les travaux de l’INED (Institut national d’études démographiques) viennent régulièrement compléter les données INSEE sur ces questions de société. Partager sur Facebook ou diffuser via les réseaux sociaux ces informations contribue à sensibiliser le grand public à ces enjeux de santé publique.
Ce que ces chiffres impliquent pour les professionnels de santé périnatale
Ces statistiques et indicateurs de mortalité ont des implications directes pour la prise en charge des patientes en maternité et en suivi de grossesse. Les professionnels de santé — sages-femmes, pédiatres, médecins généralistes — sont en première ligne pour agir sur plusieurs leviers :
Renforcer le suivi prénatal et l’accès aux soins pour les populations à risque : mères très jeunes ou âgées, femmes issues de milieux modestes, femmes nées hors de France
Assurer une surveillance renforcée des grossesses multiples et agir sur la prévention de la prématurité
Transmettre les recommandations actualisées sur la mort subite du nourrisson : couchage sur le dos, environnement sécurisé, accueil du bébé dans son propre espace de sommeil
Réduire les inégalités d’accès aux soins médicaux dans les DOM et pour les femmes les plus vulnérables
Lutter contre les infections respiratoires et la déshydratation due à la diarrhée chez les nourrissons, causes de décès évitables dans les premières semaines de vie
Encourager les campagnes de prévention et de sensibilisation dans les services de maternité, notamment dans les DOM, pour améliorer les pratiques de couchage et le recours aux soins postnatals
Se former pour mieux accompagner et réduire ces risques
Face à ces enjeux de santé publique — hausse de la mortalité néonatale, inégalités sociales et territoriales, besoins spécifiques des populations vulnérables —, la formation continue des professionnels est un levier essentiel. Chaque professionnel a un rôle à jouer dans la situation actuelle, à l’échelle de son service et de son département.
Aspazie propose un catalogue de formations en périnatalité — préparation à la naissance, suivi de grossesse, accompagnement du post-partum, santé néonatale — pour permettre aux professionnels de santé d’actualiser leurs pratiques, d’améliorer la qualité de prise en charge et de répondre aux besoins des familles les plus vulnérables. Nos formations s’adressent aux sages-femmes, infirmiers puéricultrices, pédiatres et toute profession de santé impliquée dans l’accueil du nouveau-né et le suivi de la première année de vie.
Sources / Ressources
· Source INSEE : INSEE Première n° 2048, avril 2025. « Un enfant sur 250 meurt avant l’âge d’un an en France. » Auteure : Nathalie Blanpain. France depuis 2014 (source INSEE, statistiques et estimations d’état civil).
· Données complémentaires : INED, DREES (Indicateurs de santé périnatale, février 2025), Santé Publique France, Organisation mondiale de la santé (OMS), Radio France.
· Mention légale : Reproduction partielle autorisée sous réserve de la mention de la source et de l’auteur. Retrouvez davantage de données associées à cette publication sur insee.fr (nouvelle fenêtre) et sur l’espace presse de l’INSEE.
